La Biodynamie

La semaine dernière, nous avons défini ce qu’était un vin biologique. Nous avions fini cet article en énonçant les limites de cette pratique agricole et en concluant sur le fait que selon certains producteurs, l’agriculture biologique ne suffit pas pour permettre au vin, à la vigne et au sol d’exprimer toutes leurs spécificités.

Les vignerons sont de plus en plus à se lancer dans une démarche, de culture de la vigne et de fabrication des vins, biodynamique. Mais qu’est-ce que la biodynamie ? C’est ce que nous allons voir aujourd’hui.

L’agriculture biodynamique est une branche de l’agriculture biologique. Ce mouvement est créé en 1924 et se base sur les théories de Rudolf Steiner (Joly, 2017). Originellement, la biodynamie se dit “agriculture biologique et dynamique”. Au terme biologique, défini dans l’article précédent, s’ajoute le mot dynamique, de dumanis, la force. C’est-à-dire qu’en plus d’être biologique, la biodynamie étudie et utilise les forces et les lois du vivant (Lepetit de La Bigne et Villaine, 2019). Cette méthode va plus loin dans la compréhension de la vigne et des interactions qu’elle établit avec son environnement. C’est une méthode qui essaye de préserver au mieux la biodiversité dans les vignes. Par exemple, les sols ne sont presque pas labourés afin de protéger les enzymes, bactéries et vers de terre. La biodynamie s’oppose également à toutes les modifications génétiques qui peuvent être menées et qui peuvent fragiliser les capacités de résistance aux maladies des différents cépages ou encore la capacité d’élevage (Joly, 2017).

La biodynamie est une technique viticole exigeante qui nécessite beaucoup de travail de la part des vignerons pour aider le sol à se régénérer et une certaine expérience afin de lutter contre les maladies comme le mildiou ou l’oïdium sans utiliser d’intrants (Herbert et Gerbod, 2018 ; Darrieussecq et Denturck, 2016).

L’amélioration du sol et de la vigne passe par des préparations issues de matières végétales (tisanes d’orties), animales (bouse de corne) et minérales (silice). Leur application se fait à des moments précis en rapport avec le calendrier lunaire et planétaire (Darrieussecq et Denturck, 2016). Ces traitements ont pour but de stimuler les capacités de défense de la plante. Par exemple, la bouse fermentée dans des cornes de vaches enterrées dans le sol est pulvérisée à l’automne et au printemps afin de favoriser la vie microbienne du sol (le guide Hachette des vins bio, 2019). Les préparations naturelles associant plantes et organes d’animaux sont complexes et chaque problème à une solution spécifique que le vigneron arrive à déterminer grâce à son expérience et à la connaissance de ses vignes.

En biodynamie, le travail de la vigne et les étapes de l’élaboration du vin se base sur le cycle lunaire. D’après le livre rédigé par Darrieussecq et Denturck paru en 2016, le calendrier lunaire prend en compte le rythme sidéral qui est le passage de la lune devant 12 constellations. On décompte 4 phases : les jours racine, les jours feuille, les jours fleur et les jours fruit. Il prend aussi en compte le rythme tropique en deux phases avec la lune ascendante et la lune descendante. Ce calendrier peut donner lieu à certaines préconisation telles que :

  • Plantation et travail du sol un jour racine avec une lune descendante;
  • Taille, traitement de la vigne un jour de fruit ou de fleur avec une lune descendante;
  • Vendanges un jour de fruit lors d’une lune ascendante;
  • Soutirage, mise en bouteille un jour de fruit en lune descendante.

L’ensemble des préconisations faites dans le cadre de la culture en biodynamie est fortement dépendant du terroir (type de sol, climat, cépage utilisé, etc.).

La biodynamie ajoute au cahier des charges européen du vin bio des pratiques et des interdictions plus contraignantes que ceux du bio, notamment sur la question des sulfites, de la chaptalisation, de l’acidification (le guide Hachette des vins bio, 2019). L’obtention d’un label biodynamique peut se faire uniquement si le vin est préalablement labellisé bio. 

L’INAO (Institut national de l’origine et de la qualité) sous l’autorité du ministère de l’Agriculture, assure la protection de tous les signes de qualité (ministère de l’Agriculture, 2017) dont deux signes de qualité liés à l’agriculture biodynamique:

  • Biodyvin identifie les vins issus de raisins biodynamiques, il est certifié par Ecocert, qui est un organisme extérieur, mais sous la protection des vignerons eux-mêmes (Le guide Hachette des vins bio 2019). Les vignerons qui sont certifiés Biodyvin se base sur le principe « aucun ajout, aucun retrait, aucune modification ». Il faut être certifié bio pour y prétendre. Cependant, il s’agit d’avantage d’une association que d’une labellisation (Herbert et Gerbod, 2018).
  • Demeter identifie les vins issus de raisins biodynamiques qui ne font pas l’objet de restriction lors de la vinification (Le guide Hachette des vins bio 2019). Un vin certifié demeter doit également être certifié bio. De plus, toutes les cultures présentes sur l’exploitation doivent être certifié bio. Ce label possède une bonne notoriété. Les procédés œnologiques sont plus limités que pour le label bio. Par exemple, il n’y a pas de pasteurisation et les levures indigènes sont privilégiées. Néanmoins, le cahier des charges est considéré comme trop rigide par certains vignerons en biodynamie (Herbert et Gerbod, 2018).

Comme mentionné précédemment, la labellisation Biodynamie est beaucoup plus contraignante que la labellisation Agriculture Biologique (AB). Si le vigneron veut pouvoir être labellisé Demeter, il doit suivre trois cahiers des charges différents: le cahier des charges Demeter pour la production, le cahier des charges Demeter pour la transformation, et le cahier des charges pour l’étiquetage. Il y a de nombreuses contraintes liées à la vinification. Par exemple, il est interdit d’utiliser des intrants pour la nutrition des levures ou lors de l’acidification alors que le label bio les autorise (Association Demeter France, 2019). 

De plus, le processus de labellisation Demeter est très long, il dure en moyenne 3 ans. Une fois labelliser, les domaines ne peuvent commercialiser qu’avec des entreprises ayant un contrat valide avec Demeter France. Par ailleurs, pour avoir le label Demeter.

Toutes ces contraintes associés à un investissement financier freinent de nombreux vignerons qui préfèrent ne pas se faire certifier même s’il partage les principes de la biodynamie et qu’ils respectent le cahier des charges.

Enfin, l’agriculture biodynamique ne se basant pas sur une méthode scientifique rigoureuse, elle ne fait pas l’unanimité au sein des non-initiés, qu’il s’agisse des vignerons ou des consommateurs. En effet, le fait de considérer la vigne dans son rapport avec le cosmos, les astres et les éléments tels que l’eau, l’air et le feu apporte un côté mystique qui peut facilement laisser place à de l’appréhension et des préjugés face à cette méthode atypique jugée ésotériques par les novices (Le guide Hachette des vins bio, 2019).

Et vous, avez-vous déjà goûté un vin issu de la biodynamie ? 🙂

Bibliographie

Association Demeter France, 2019. Près de chez vous [en ligne]. Disponible sur : https://www.demeter.fr/pres-de-chez-vous/ (dernière consultation le 08/10/2019)

Darrieussecq, F., Denturck, M., 2016. Vinographie : comprendre le vin en 100 dessins et schémas. Hachette vins, 32-33.

Herbert, P., Gerbod, C., 2018. De la vigne à la dégustation : le vin pour les nullissimes. Edition first, 110-116.

Joly, Nicolas. 2017. Le vin, la vigne et la biodynamie.

Le guide Hachette des vins bio, 2019. Hachette vins, 8-9.

Lepetit de La Bigne, A., De Villaine, A., 2019. 35 questions sur la biodynamie: à l’usage des amateurs de vin.

Ministère de l’agriculture, 2017. L’Institut nationale de l’origine et de la qualité [en ligne]. Disponible sur : https://www.inao.gouv.fr/Institut-national-de-l-origine-et-de-la-qualite. (dernière consultation le 07/10/19)

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